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 La vigne déjà présente au XVIIème siècle
La vigne était déjà présente à Bassens au XVIIème siècle et même avant comme le prouvent les archives et notamment celles de l’abbaye de Bonlieu (fondée en 1141). Ces dernières fournissent des renseignements très précieux car les moines vivaient en partie grâce à la production viticole. Dans d’autres documents anciens, il est question de «vigne blanche» et de «vigne vielhe». En effet, les lieux (toponymie) portaient des noms, entre autres, en relation avec leur nature.
La «colonisation des palus»
Les cartes de Belleyme et de Cassini permettent d’analyser le paysage bassenais à la fin du XVIIIème siècle. Sur la carte de Belleyme, on note que la presqu’île d’Ambès est surtout accessible en bateau. Les rebords alluviaux sont reconnaissables grâce à la vigne abondante. La vigne a toujours été présente en Entre-Deux-Mers et notamment dans la presqu’île, mais c’est surtout au XVIIIème siècle que le vignoble a connu une importante expansion. A cette époque, les Bordelais, et en particulier les parlementaires, étaient très attirés par la possession foncière et la culture de la vigne car la «terre» représentait un placement intéressant. Or, la paroisse de Bassens présentait de nombreux avantages. La Garonne constituait un moyen d’accès aisé. De plus, le terroir des rives (palus) était propice à la viticulture et les coteaux produisaient un vin de qualité. Les Bordelais ont donc investi les rives de toute la presqu’île et de nombreuses demeures suburbaines sont sorties de terre. La référence à la vigne permet de comprendre le nombre important de demeures le long de la Garonne. Ainsi, on constate que, sur le territoire communal, le vignoble s’étendait surtout dans la palu au XVIIIème siècle, notamment dans les lieux-dits tels que Puch Pellat, La Conque, La Crambette, La Baranquine... Au XVIIIème puis au XIXème siècle, les Bordelais ont également érigé des demeures sur le coteau bassenais pour des raisons probablement tant économiques qu’esthétiques : la production d’un vin de qualité, «voir et être vu». Or, parlant de châteaux, il convient de se souvenir que le mot «château» possède dans le langage bordelais un sens tout particulier. Il désigne le terroir et le vignoble, et non pas seulement, comme dans le français courant, une forteresse ou une vaste résidence à la riche ordonnance. Le château-demeure existe souvent, mais pas systématiquement, au cœur du château-vignoble.
L'apogée de la viticulture à Bassens
Edouard Guillon, dans son ouvrage Châteaux historiques et vinicoles de Gironde (1868), a écrit : «Bassens fait partie de ces communes qui bordent la rive droite de la Garonne : elle affecte une forme triangulaire et s’étend sur une plaine et sur des coteaux pittoresques et graveleux ; sa superficie dépasse 1000 hectares, elle est traversée par le chemin de fer d’Orléans et arrosée par quelques esteys. Le sol fertile produit des céréales et quelques prairies, mais sa principale culture est la vigne rouge ; il y en a 850 hectares environ. Ses vins sont des palus et des côtes : les uns figurent dans les deuxièmes palus, les autres dans les premières côtes. Ces derniers sont corsés, d’une belle couleur, plein de moelleux et de finesse ; ils sont plus longs à se faire que les Médoc, mais ils ont une durée beaucoup plus longue. Le bourg de Bassens s’élève sur les coteaux ; il est petit, propre, bien bâti : son église est en partie romane, elle est surmontée d’une flèche qui s’aperçoit de fort loin. Les principaux villages sont Le Moura et Espagne, sur les coteaux ; La Caraque et La Baranquine, dans les palus. Il y a aussi quelques hameaux, des châteaux modernes et de blanches et gracieuses villas qui s’élèvent dans les vignobles, parmi la verdure des arbres, depuis les rives garonnaises jusqu’aux sommets des coteaux.» Le XIXème siècle constitue véritablement une période d’apogée pour la vigne comme en témoignent les chiffres suivants :
- Recensement de 1856 : 185 vignerons (profession la plus citée) / 221 journalières (profession la plus citée)
- Recensement de 1872 : 210 vignerons (profession la plus citée) / 247 journalières (profession la plus citée)
- Recensement de 1886 : 184 vignerons (Les métiers liés à la vigne sont majoritairement cités : vignerons, tonneliers, négociants, maîtres de chais, fabricants de barriques) / 113 journalières / 660 personnes vivant directement de l’agriculture (population totale de 1189 habitants).
En 1874, il y avait 642 hectares de vignes (soit plus de la moitié de la superficie totale de Bassens). L’apogée de la viticulture se situe à la fin du XIXème siècle quand le phylloxéra épargna le vignoble des rebords alluviaux grâce à un système ingénieux de submersion. En effet, l’inondation contrôlée des vignes, lors de certaines marées, a assuré non seulement l’enrichissement du sol, mais a également permis de lutter efficacement contre le phylloxéra qui a ravagé le Bordelais. L’introduction de nouveaux cépages résistants au parasite, dans la région, a entraîné le déclin de la viticulture sur la presqu’île.
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 Le déclin de la vigne
Au XXème siècle, Bassens subit de profondes modifications dans sa physionomie. La crise de la viticulture, l’établissement d’une troupe américaine lors de la Première Guerre mondiale, le développement de la zone portuaire ainsi que l’essor de l’urbanisation ont engendré diverses mutations. La disparition progressive des vignes a été accompagnée par le développement de la zone industrialo-portuaire.
Aujourd'hui, il reste encore quelques hectares de vignes exploités par des propriétaires privés (Domaine de Moulerin et Château Muscadet). En souvenir de l’ancienne vocation viticole du domaine municipal de Beauval, une parcelle de 1,3 ha a été plantée en vignes en 2002 (5000 pieds en merlot et 2000 en cabernet sauvignon). Les premières vendanges, en 2005, ont permis de produire une cuvée prometteuse. L'année 2008 a été marquée par la naissance du Coteau de Beauval, vin d’appellation premières côtes de Bordeaux. Le domaine de Beauval a ainsi véritablement renoué avec son passé viticole...
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